Songe à la douceur – Clémentine Beauvais

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Il vit métaphoriquement. Il ne se préoccupe jamais
des choses, il ose
la transcendance,
l’amour fou
la création, le drame, le lyrisme.
Il vit d’optimisme et d’excès.

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Auteur: Clémentine Beauvais

Éditions: Sarbacane

Genre: contemporain

Année de sortie: 2016

Nombre de pages: 239

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur , c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

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      Un seul mot Whaou ! j’ai fini ce livre hier soir, j’ai des étoiles dans les yeux, et je suis encore toute chamboulée de cette lecture. Songe à la douceur est pour moi une révélation, une lecture pas comme les autres. Songe à la douceur est ce genre de livre où dès les premières lignes vous savez que vous allez aimer, une lecture toute douce, qui porte très bien son nom.

     Je connaissais Clémentine Beauvais à travers son livre « les petites reines », et j’ai découvert songe à la douceur dans l’émission La Grande Librairie, et depuis l’envie de lire cette oeuvre ne m’a pas quittée, surtout lorsque quelques passages ont été lu à haute voix par la finaliste des petits champions de la lecture de 2016. Songe à la douceur est une réécriture/adaptation de « Eugène onéguine », un classique littéraire d’Alexandre Pouchkine. Clémentine Beauvais a réussi à retranscrire dans notre époque actuelle une histoire qui à la base a été écrite en 1832.

      C’est mignon tout ça mais parle nous de l’histoire ! Ce livre retrace l’histoire d’amour entre Tatiana et Eugène. Avant de me dire « encore une romance à l’eau de rose, tout ça tout ça » (je le vois venir), laissez-moi vous dire que non, car songe à la douceur est loin d’être une histoire comme les autres. Nous sommes en 2006, Tatiana a alors 14 ans, tant dis que Eugène en a 17. Elle qui est timide, réservée et surtout passionnée de littérature, elle tombe rapidement sous le charme d’Eugène. On découvre dans ce livre, les premiers émois, la naissance des sentiments, le manque, l’impatience, toute cette panoplie d’émotions que l’on ressent lorsqu’on est adolescent et amoureux pour la première fois. Mais hélas l’adolescence a ses raisons (que la raison ignore !), leur histoire d’amour ne verra pas le jour. Dix ans plus tard, leurs chemins se recroisent et leurs destins s’entremêlent, et on suit alors tout ce que peuvent ressentir nos protagonistes à la suite de ses retrouvailles inattendues.

      Dans ce livre on découvre une palette de personnages aussi différents les uns que les autres. Ce que j’ai aimé dans cette histoire c’est la profondeur des personnages, aussi bien les principaux que les secondaires. Cette profondeur fait qu’on s’attache facilement à eux, et on comprend ce qu’ils ressentent.  On suit donc l’évolution de Tatiana, qui au fil des années acquiert plus de confiance en elle et plus de maturité, on est loin de la Tatiana réservée, timide et qui préfère la compagnie des livres plutôt que la compagnie des êtres humains. Mon personnage préféré reste celui d’Eugène, ce jeune homme torturé, et blasé qui a déjà l’air d’avoir tout vécu, puisque plus rien ne le surprend.

Il a le mal d’un siècle qui n’est pas le sien;
Il se sent l’héritier amer d’un spleen ancien.
Tout est objet d’ennui pour cet inconsolable – 
Ou de tristesse extrême, atroce, épouvantable.
Il a tout essayé, et tout lui a déplu.
Il a fumé, couché, dansé, mangé et bu,
Lu, couru, voyagé, peint, joué et écrit:
Rien ne réveille en lui de plaisir endormi.

      Le plus gros point positif de ce livre est pour moi l’écriture. Songe à la douceur est écrit entièrement en vers et rimes avec parfois des calligrammes ce qui rajoute une dimension poétique à l’histoire. Chaque mot est bien choisi, chaque mot est à sa place, on est vite embraqués par cette lecture envoutante et par la beauté du texte. C’est le genre de livre qu’on ne se lassera jamais de lire et relire tant on est charmés par les mots. Songe à la douceur devrait être lu à haute voix pour percevoir l’étendue de la finesse de ce texte.

      J’ai beaucoup aimé toute la nostalgie que j’ai ressentie pendant ma lecture. En effet, l’histoire démarre en 2006, à l’époque où internet faisait ses débuts, à l’époque où l’on utilisait MSN Messenger les amis, à l’époque où les SMS étaient payants. Ayant vécu mon adolescence pendant cette période, je me suis vite identifiée au personnage de Tatiana, c’était comme voyager dans le temps et revivre cette période de ma vie.

Je patiente, 
          mais quand on patiente, on ne fait que frôler la réalité.
Ça fait plusieurs semaines que je la frôle sans la toucher, 
attendant que la porte du jardin m’y projette.
C’est bête
mais c’est seulement quand tu es là que j’ai l’impression 
d’être là où je dois être.
           Le reste du temps, je suis comme quelqu’un à la fenêtre
                             qui se regarderait vivre dehors
           et qui aurait l’impression que ça arrive
                           à quelqu’un d’autre.
      Il y a tellement à dire de ce livre, qu’une chronique ne suffit pas, mais je préfère vous laisser le plaisir de découvrir. Un roman écrit en vers pour raconter une histoire d’amour à la fois moderne et poétique. Une lecture qui résonne en soi même après l’avoir fini. C’est original, inattendu, surprenant. Ça ne ressemble en rien à ce que l’on a pu déjà lire auparavant. Une expérience littéraire inédite et magistrale !

note-55

Coup de coeur 

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